Pour une autre lecture : les séries romanesques pour la jeunesse

Littérature au collège - 6 avril 2016 par Edith Wolf

bloc_orphelins_baudeleireTravailler sur les cycles romanesques écrits pour la jeunesse est un moyen de modifier le rapport entre les élèves, le professeur et les œuvres lues, ainsi qu’une manière de donner sa place à la culture des adolescents. On obtiendra, avec ce type d’œuvres, un engagement des élèves et un désir de partager ce qu’ils aiment qui dynamisera les séances de lecture. Amenés à jouer un rôle de connaisseur et d’initiateur, les élèves seront particulièrement motivés pour produire des oraux et des écrits qui leur reconnaîtront ce rôle.

 

Par Édith Wolf, professeur de lettres

 

Les séries romanesques, que les adolescents lisent en grande quantité et avec passion, ne se prêtent absolument pas à l’étude de texte. Ce que les lecteurs recherchent dans ces œuvres en plusieurs volumes est à l’opposé de la logique de l’analyse d’extraits. Ils y aiment l’immersion narrative, la constitution d’un ample univers imaginaire qu’ils ont plaisir à retrouver d’un livre à l’autre, une action fertile en rebondissements.

L’exploitation en classe doit donc inventer des démarches et trouver, dans les caractéristiques des œuvres elles-mêmes, les grandes lignes qui les inspireront.

La première caractéristique de ces fictions est qu’elles se présentent dans des cycles romanesques.

La deuxième est la variété des supports sur lesquels elles peuvent s’appuyer : livres, films, bandes dessinées (et parfois jeux vidéo).

La troisième est leur plasticité : elles peuvent être augmentées par des suites (sequels en anglais), des préquels (aventures situées avant le premier tome d’un cycle mais inventées après son écriture) et/ou des midquels (extensions qui prennent place à un moment de la trame principale), qui sont décentrés si on décide de faire d’un personnage secondaire le héros d’un nouveau récit.

Si ces cycles romanesques connaissent de telles expansions, c’est qu’ils ont des lecteurs passionnés qui deviennent des sortes d’experts de leurs séries cultes.

Enfin, lorsqu’une série suscite de vrais engouements collectifs, il arrive que naissent des fanfictions, qui sont des épisodes écrits par les lecteurs eux-mêmes. Le site le plus fréquenté, www.fanfiction.net, propose ainsi plus de 16 000 réécritures de la saga Harry Potter.

  • On peut donc commencer par faire un sondage dans la classe pour repérer les « experts » et demander à deux ou trois d’entre eux de faire une présentation des éléments qui fondent un univers romanesque particulier, sans pour autant déflorer la narration du premier volume.

Par exemple, pour le tome 1 de la trilogie À la croisée des mondes, Les Royaumes du Nord, de Philip Pullman, ils peuvent parler de l’héroïne, Lyra, du collège dans lequel elle vit, de son ami Roger, de Madame Coulter et de Lord Asriel, de l’Église, de la Poussière, de l’aléthiomètre, des dæmons. On donne ensuite ce tome à lire à la classe et, pour ceux qui le connaissent déjà, un tome qu’ils n’ont pas lu.

  • On questionne l’œuvre dans sa structure et son fonctionnement global. On ne donne pas de questionnaires mais on interroge la classe, dans le but de susciter plusieurs réponses et, éventuellement, des débats. Les lectures d’extraits peuvent constituer ou appuyer ces réponses.

– On peut d’abord demander ce qui, dans le monde imaginé, est séduisant (un objet, une créature, un terme, une idée…).

– Puis on interroge la manière dont se déroule l’aventure. Commence-t-elle par une rencontre ? un départ ? une modification de l’univers ?

– On peut attirer l’attention sur une ou deux des épreuves initiatiques que traverse le héros ou l’héroïne. Qui est son ennemi ? En quoi consiste l’épreuve ? Quelle qualité, quelle aide permettent d’en triompher ? Que découvre le héros ou l’héroïne ?

– On interroge le sens de l’œuvre. Que dit-elle sur les sujets qu’elle aborde : le bien et le mal ? les adultes et les enfants ? la vérité et le mensonge ?

– On demande enfin aux élèves quel épisode de l’action ils ont apprécié, quel personnage est leur favori, et pourquoi.

  • Un « expert » est ensuite invité à apporter le tome 2 de la trilogie et à en lire un passage en le commentant : qu’y a-t-il de nouveau dans ce deuxième volume ? Comment l’élève l’a-t-il apprécié par rapport au premier ? On peut renouveler l’exercice sur le tome 3.

L’idéal est que plusieurs élèves deviennent à leur tour des « experts » et se mettent à lire les autres tomes.

  • On explique le système des préquels et on incite des volontaires à lire, pour l’œuvre de Pullman, Il était une fois dans le Nord, dont l’action se situe avant celle des Royaumes du Nord, puis à en résumer l’action devant la classe.
  • On donne l’adresse du site consacré à la série (pour la trilogie de Pullman : www.cittagazze.com) et on incite les élèves à y trouver les dernières nouvelles : adaptations, bandes dessinées…, et à y lire les critiques de lecteurs.
  • On explique ce que sont une fanfiction, un sequel, un préquel et un midquel puis on invite les élèves à proposer un épisode de leur cru, qui peut être rédigé à plusieurs et mis en ligne sur le site du collège.
  • On peut engager les élèves à rédiger des articles critiques qu’ils feront lire à la classe puis mettront en ligne soit sur le site du collège, soit sur un forum dédié.

Ces productions critiques peuvent prendre la forme d’un booktubing (contraction de « book » et de « YouTube ») : vidéo diffusée sur YouTube dans laquelle un lecteur se filme en train de parler d’un livre qu’il a particulièrement aimé. Les propos sont plus subjectifs que dans un article écrit.

  • Les activités de type « défis lecture » conviennent également très bien à ce genre d’œuvres.

 

Bibliographie

  • Essai : Un très bon livre sur les fictions destinées à la jeunesse a inspiré cet article : Les Fictions de jeunesse, de Christian Chelebourg, paru aux PUF en 2013. Malgré des partis pris anti-culture légitime, l’ouvrage est riche et intelligent.
  • Séries de fantasy :

– Pierre Bottero, La Quête d’Ewilan, trilogie suivie d’une autre trilogie : Les Mondes d’Ewilan, Rageot.

– Christopher Paolini, L’Héritage, Eragon, tome 1, Bayard (4 tomes).

  • Séries mythologiques :

– Éric Simard, Le Souffle de la pierre d’Irlande, Magnard jeunesse (5 tomes).

– Rick Riordan, Percy Jackson, Le Voleur de feu, tome 1, Livre de poche jeunesse (5 tomes).

  • Série de science-fiction : Un seul volume paru à ce jour mais une série très prometteuse : Tom Easton, 7 secondes, Lumen.
  • Série plus réaliste (à la Roald Dahl et plutôt 6e/5e) : Lemony Snicket, Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, Nathan (13 volumes !).
  • Histoire de loups-garous (plutôt 4e/3e) : Gaïa Guasti, La Voix de la meute, Thierry Magnier (3 tomes).
  • Affreux mais malheureusement adoré des élèves : Cherub, de Robert Muchamore, Casterman (12 volumes traduits), série dans laquelle des orphelins sont élevés dans un système paramilitaire pour devenir des espions britanniques !

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